Roman

Juste avant l'aurore terrestre

aux éditions Publibook

http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782748309386

 

QUATRIEME DE COUVERTURE

Juste avant l’aurore terrestre, il y a le meilleur, céleste : l’esprit d’Arthur Rimbaud qui survole un car de rhétoriciens en excursion dans ses Ardennes ; parmi eux, en communion avec lui, Amandine, son amoureuse, attirée par ses hauteurs. Puis il y a le pire, le viol de la jeune fille, ce qui va néanmoins déboucher sur le meilleur, terrestre : la mise au vert, le retour au père nature, la lente remontée, la guérison en profondeur, comme accélérant l’aurore terrestre, le réveil, la libération de l’humanité terrestre.

EXTRAIT

Chapitre III
Au loup-garou !


Derrière un buisson, à un enfer de distance, deux ou trois mètres au plus à présent, des yeux de loup fixaient la délectable.
In extremis, quelques feuilles en bruissant au passage de la bête, une branche morte en craquant sous les pattes lestes, tentèrent de ramener sur ses épaules la tête vagabonde de la belle, mais celle-ci préféra croire à la plaisante complicité du vent.
Deux bonds et le fauve fut sur sa proie, qui s’écroula sous le choc en hurlant une insondable terreur, avec des soubresauts de poisson pêché. De l’extase à l’horreur, sans
transition !
Mais déjà cloué au sol par la rage meurtrière, genou dans les reins, serres à la gorge, tout au plus à trembler encore sous le poids de l’inhumain, ce corps qui n’était tout à coup plus qu’un corps, et certes son esprit spectateur se garda bien de démentir, de réintégrer habitacle à ce point mis à mal. Respirer, respirer ! sonna seulement l’urgence.
Disons qu’il se mit à l’abri de la tourmente, l’esprit d’Amandine, plus qu’à bonne distance, sur une fréquence inaccessible à la torture, comme chez tous les suppliciés du monde.
C’est donc sur une coquille vide que l’étau de ces semblants de mains se referma, il n’empêche que c’est toute la noblesse et toute la grandeur d’un projet humain qu’en s’affalant la mâle puissance déchira en déchirant cette vulve, de quelques secousses, avec quelques grognements, en quelques secondes, éternelles. Il y a juste que les ahans fébriles du jouisseur n’allaient plus cesser de résonner jusqu’au fond de la mémoire de sa victime, il y a juste que la violence du plus vrai des cauchemars n’allait plus cesser de violer la vierge. Il y a juste que tout soudainement la planète s’était dérobée sous les pieds d’Amandine, qui dès lors tomba, vertigineusement, interminablement, dans un gouffre sans fond, au travers de bouillonnements de lave brûlante qui n’en finirent plus de la consumer…
Mais le bourreau, lui, était déjà debout, plus que lucide, tout à ses invisibles commanditaires, délicieusement repus, qui tenaient à préserver aussi dévoué serviteur : sur-le-champ l’ombre s’enfuit donc se refondre parmi toutes ces autres ombres qui lui allaient si bien, abandonnant sans un regard, sans une pensée, comme une dépouille sur un lit d’herbes et de fougères, comme un ventre découvert, mortellement figé.
Pour sûr, au plus sacré de cette pousse d’âme, rasé le château de l’enfance qui monta jusqu’au ciel des anges, où les fêtes de la candeur avaient multiplié les bienheureuses surprises, où, bien à l’abri des censures des gens d’âge raisonnable, mille insignifiants prodiges et autant d’autres anodines fantaisies avaient à jets continus lancé l’éblouissant feu d’artifice d’une réalité qui ne pouvait encore descendre sur Terre.
Combien de temps, silencieuses dans leur habit de deuil, les fleurs de la colline et leurs bons génies veillèrent- ils la grande soeur déracinée ? Combien de temps aussi ses grands yeux ouverts ne virent-ils plus que le néant ? A tout le moins, son temps à elle passerait autrement désormais, laisserait toujours traîner derrière lui un peu de peine. On pouvait donc mourir tout en paraissant demeurer en vie, c’est en tout cas ce qui fut inscrit cette
nuit-là, au fer rouge, dans l’âme d’Amandine…