Editions Monordi

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Recueils de poésie

Nouvelles

Précisons d’emblée qu’il s’agit là d’une entreprise hautement virtuelle à plus d’un titre. Votre serviteur en est du reste le seul et unique sociétaire, partant tout à la fois pdg, cadre supérieur, moyen et inférieur, cheville ouvrière, homme de (grande) peine, technicien de surface… Le siége social de ladite ABTL(Association à But Théoriquement Lucratif) est situé très précisément devant mon ordinateur pour être aussi celui qui accueille mon auguste derrière quand j’y travaille (pas à mon derrière, à l’ordinateur). Au bout de capiteux efforts j’ai en effet découvert le secret de l’alchimie qui transforme les viles feuilles de papier A4 en fascicules A5.

Les productions ont de 4 à 28 pages et touchent à deux genres, poésie et nouvelle.

Recueils de Poésie

1 Catalogue Vacances
2 Chair de poule
3 Cœur et Ame
4 En vers et contre tout
5 Faille
6 Foot et non foot
7 Hauts de forme
8 La belle Sélène
9 L’art de l’enfance
10 Universeul
11 Sonnets
12 Tourmentes
13 Flammes rouges
14 Lais
15 Rondeaux
16 Rondels
17 Triolets
18 Villanelles
19 Chansons
20 Vermifuges
21 Distiques

Echantillon

pages 4 & 5

CRIQUE


Là, si seule et si nue, elle paraît dormir,
Luisante, lisse et brune, ô combien délectable !
Entre soleil et mer, sur ce carré de sable,
Au fond de cette crique où le vent vient souffrir.

Mes pieds ont dû crisser, alerter la jolie...
O l'émouvant émoi que j'admire béat !
Insolente, sauvage et mondaine déjà,
Debout pour me toiser, la vivante féerie!

Le moment devrait être à au moins m'excuser
Mais elle stoppe net le rite convenable
Et m'invite plutôt, de quelques mots affables,
Comme un très vieil ami, dans un salon de thé !

Mon cœur marin voudrait naviguer sur ces gouttes
Descendant des cheveux s’allonger sur les seins.
Amusé, son regard se fait presque enfantin.
Par ses changeants décors je cherche en vain ma route.

J'ôte mon parement par souci d'équité.
Distraite et attentive, elle approuve sans peine
Et détaille à son tour sans l'ombre d'une gêne.
Elle feint la candeur, l'experte volupté !

A présent la voilà trop soumise apparence...
La féline est tapie et prend rusé plaisir
A mettre son gibier à feu et à désir.
Je savoure en secret la trouble dépendance...

Les vagues sans arrêt accourent dérouler
Des rêves tout-puissants, d’une exquise folie.
Leur musique se fait vrillante psalmodie
Fomentant les projets les plus échevelés...

A ce point enivré, à mon tour de surprendre,
De m'enhardir enfin, de servir de ces vers
Emmenant voyager jusqu’au bout de l’éther,
Jusqu’au-delà des mots, la forçant à se rendre!

La magnifique erreur ! La belle sur-le-champ
Réplique d'un esprit criblant mon armure
De traits révélateurs d’une noble nature.
Nous serons jusqu’au soir un même entendement,

Je ne sais même plus ce qui rompit le charme,
Les corps ne s'uniront que pour se dire adieu,
L'âme en berne, il faudra redescendre des cieux,
De leur vaste magie, en évitant les larmes.

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Nouvelles

1. Amibis le conquérant
2. Classe de neige
3. Elle
4. En bateau ivre
5. Evacuation
6. Garçon manqué
7. Histoire d’Afric
8. La maison de l’aurore
9. Au manoir du dragon
10. Marguerite
11. Maxime et Pétula
12. L’abominable Plou Ti Ko
13. Scribouille
14. Tchantchès-Nanès Le retour
15. Train sidéral
16. Urantia


Echantillon

 

Cet après-midi-là de rude hiver est plus blanc que blanc : de la neige et encore de la neige toute la nuit, toute la matinée, et tous ces flocons encore, aux fenêtres de la classe, mais ils ne sont pas pour nous, en tout cas pas tout de suite...
Journée blanche, en cela pire qu’une nuit blanche, et ce bon maître, bien horriblement, feint, lui, de ne pas voir tomber la beauté, la paix, de ne pas soupçonner ces 21 souffrances qui le supplient. Imperturbable, celui-là qui est vieux, qui a oublié la poésie, continue de faire tomber, lui, la blancheur de la craie sur le tableau noir, très noir.
Contre toute attente leur prière muette n’en est pas moins subitement exaucée quand elle fait frapper à la porte et bientôt entrer un authentique bonhomme de neige...
Oui, un bonhomme de neige qui marche, c’est à ne pas croire mais c’est ainsi. Bien bonhomme du reste, bien arrondi, le nez bien rouge, moustachu même! Et qui parle en plus! enfin qui marmonne, comme des mots. Mais c’est déjà bien pour un bonhomme de sa condition. Un peu comme s’il avait froid sans doute. Ca fait tout drôle de penser qu’un bonhomme de neige puisse avoir froid : tout le temps dehors, il devrait pourtant s’y faire...
C’est fou d’ailleurs ce qu’il peut ressembler au gros Hilaire ! Et presque dommage...
Hilaire, le gros Hilaire, le propriétaire de la plus haute antiquité sur quatre roues de la région, une Volkswagen qui n’est plus qu’une réparation, de réparations en réparations, qui va gaillardement sur ses 300.000 kilomètres; voiture de campagne : elle sent le foin en juin, la betterave en octobre et la paille, fraîche ou non, toute l’année; et toujours fertile, il y pousse surtout des champignons, du moins quand c’est la saison, mais il faut bien chercher, et partout, au milieu des fines herbes, et plutôt sous les sièges avant, les seuls à demeure ; et ça vous transporte tout, cet engin-là, pulpes, veaux, humains même à la rigueur. Justement, c’est elle le problème, bloquée à une distance canadienne, au beau milieu des congères, dans la côte ou plutôt la côtelette du Manil, et accroché à son derrière, le carrosse de Hugo le bellâtre...
Qui ne connaît pas Hugo ? La gloire locale, le tombeur de ces truies ! A servir toujours près! Et à présent prisonnier des éléments et du devoir sacré. Eh oui, de retour de vaillante saillie, laissent deviner les confidences à peine pudiques de son entremetteur. C’est beau l’héroïsme !
Aussi les yeux des potaches ne sont-ils qu’un élan : il faut sauver Hugo ! Silence méditatif du seul sage à bord de l’école après dieu, la foule, oppressante, suspendue à ses lèvres...
Tout de même, le risque n’est pas bien grand, il fait un temps à ne pas décoller un inspecteur de son poêle à frire !
La décision qui a la forme d’un grand bâton finit par tomber, par se fracasser plutôt, comme jamais, contre le pupitre, sonnant le branle-bas de combat. Aussitôt prises d’assaut, les remises des alentours, réquisitionnées, les pelles et les brosses! Qui oserait seulement refuser l’ombre d’un service à celui qui sait, qui fait savoir les hommes du village depuis près de quarante ans ?
Les évadés des leçons de grammaire et de géographie ne sont pas peu ravis, cela va sans dire, de se jeter dans la blanche liberté. Marcher, courir sur les traces de Jack London, l’aventure blanche, l’aventure… Il ne manque guère que les chiens, les traîneaux, les raquettes, tout manque en fait et pourtant tout est là puisque la neige est là, magicienne, qui se laisse dessiner comme un papier : “Après un rêve blanc, un autre rêve blanc”. Comme nouvelle dès lors et pourtant toujours la même. Tellement plus grande surtout que le plus grand des papiers. Et son papier à elle se gonfle, bombe comme si on soufflait sous lui ! Ondulations galbées, veloutées, longues sculptures, l’infini peut se poser sur ses molles douceurs.
Pour nos petits trappeurs le vent qui cingle si fort, à coups de flocons, ce n’est bien sûr plus de la bise mais du blizzard et la petite Hesbaye qui a perdu ses couleurs et ses pluies, c’est devenu au moins le Grand Nord. Les livres deviennent vivants, le temps d’un après-midi de grâce !...
Reste que j’ai comme mal à cette perfection immaculée que je dois éventrer ; mais presque aussi le bonheur, et qui va presque durer : c’est qu’il va en falloir du temps pour ouvrir les deux énormes boules de neige et redécouvrir Hugo, qui vit toujours puisqu’il grogne toujours. Et puis, nous rions trop pour pousser vraiment ce qui n’est à nouveau plus qu’une bruyante, toussotante et puante auto vaguement tentée de redevenir mobile !...
“C’est un tour de roue, encore un tour de roue, c’est toujours le même tour de roue qui recommence”....
Le carrosse de monsieur le verrat sera ainsi avancé, lentement, lentement... Il fera nuit quand, bien malheureusement, nous retrouverons la civilisation, mais en fiers vainqueurs, escortant Hugo sauvé des neiges !

FIN

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